C’est en 1992, à Dublin, que l’aventure de l’Eurovision démarre pour Jean-Pierre Hautier. « Mes débuts comme présentateur correspondent en fait à l’entrée des pays de l’Est dans la compétition. Ceux-ci sont arrivés avec leurs plus grandes stars, et ont redonné un coup de jeune à l’Eurovision qui commençait tout doucement à s’empâter. C’est, d’après moi, l’élément ce qui a relancé l’Eurovision. »
Fervent défenseur de nos candidats, Jean-Pierre Hautier a connu tous les épisodes du parcours de la Belgique, de Mélanie Cohl à Urban Trad, des réussites inattendues aux défaites les plus cinglantes. Il a pu constater l’engouement des pays nordiques pour l’Eurovision où les anciennes gloires continuent à se produire avec le même succès, sans être considérées comme ringardes.
« Moi qui ai pas mal voyagé grâce à l’Eurovision, je peux vous dire que les grandes vibrations ont eu lieu dans les pays nordiques qui mettent les petits plats dans les grands. Ce sont des professionnels qui ont la notion du show. La preuve de leur compétence : l’équipe (réalisateurs, techniciens) qui réalise les soirées d’Eurovision, tous pays confondus, est suédoise. »
Au cours de ses quinze années d’Eurovision, malgré l’aspect commercial de l’événement et le « formatage » des musiques, Jean-Pierre Hautier a connu des moments uniques, comme l’apparition de la fameuse Dana International qui représentait Israël en 1998. « Sa chanson va rester dans les annales, tout comme Waterloo du groupe Abba, Ne partez pas sans moi de Céline Dion ou J’aime j’aime la vie de Sandra Kim. »
« La deuxième place d’Urban Trad est aussi la preuve que la qualité de l’Eurovision évolue. Il fallait être gonflé de se présenter avec une chanson folk un peu décalée. C’était un fameux pari. Et dès qu’un groupe innove, l’année suivante il fait des émules. Cinq ou six groupes, influencés par l’air du temps, ont voulu faire pareil. »
« En tant que téléspectateur, je trouve que l’Eurovision n’a jamais eu autant sa raison d’être qu’aujourd’hui, avec l’agrandissement de l’Europe qui se poursuit. C’est intéressant de voir ce que des pays comme la Slovénie ou la Biélorussie proposent, de découvrir leurs tendances. »
Alors comment choisir la bonne chanson, en Belgique, par exemple ?
« C’est affreusement difficile de trouver une chanson originale. Et pourtant Dieu sait si on bénéficie d’une scène très riche dans un petit pays comme la Belgique. Il faut avoir le flair, ne pas hésiter à être à contre-courant, être déjà dans l’ère de demain. C’est un coup de poker à chaque fois. L’émission Pour la Gloire a servi de tremplin pour de jeunes artistes et c’est ce qui nous a permis de découvrir Mélanie Cohl. Une autre question serait de se demander quels sont les meilleurs juges pour élire une chanson, les spécialistes du monde musical ou le public qui vote pour son candidat préféré ? »